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On a tous droit à des maillots colorés

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Je me suis fait cette réflexion en sortant de la piscine. J’étais alors vêtue d’un maillot que je porte très rarement. Prise entre deux sentiments, la joie de le porter et la gêne d’être vue, j’ai tenté de mettre des mots sur mon ressenti. Vous n’y verrez pas de conclusion claire.


C’est l’été, et les chaleurs caniculaires sont arrivées.

Mes fils Instagram et Facebook sont remplis de publicités de jeunes femmes en bikini qui essaient de me vendre de magnifiques maillots de bain, souvent à un prix exorbitant.

Les bikinis sont très jolis. Les mannequins aussi. Mais elles ne me représentent pas.

Et, malgré moi, je me surprends à penser que ces maillots ne sont pas faits pour un corps comme le mien. Parce que la publicité a réussi à me convaincre qu’ils étaient réservés à un certain type de silhouette.

Pourtant, tous les corps ont chaud.

Tous les corps ont besoin de se rafraîchir.

Mais… avec tout ce qu’on voit sur les réseaux sociaux, combien de femmes ne veulent plus se mettre en maillot de bain l’été?

Beaucoup, selon moi. Trop.

Pour ma part, j’ai longtemps caché ce corps qui a beaucoup changé dans les douze dernières années. Ventre, bras, cuisses. Pendant des années, je choisissais des vêtements et des maillots qui dissimulaient, aux yeux des autres, ce qui me semblait hors norme.

Et… en regardant certaines photos, je constate que mon tour de magie était raté. Le vêtement trahit toujours ce qu’il tente de masquer.

Ce n’est toutefois pas ce qui m’a le plus frappée sur ces clichés. C’est le manque de confiance qui transparaît dans mes yeux. Comme si, au-delà du tissu, je tentais de me cacher du regard du monde.

J’ai, depuis, tenté de travailler sur cette estime de soi vacillante.

Après plusieurs années, j’ai réussi à dévoiler ce corps parfaitement imparfait. Autant dans la vie de tous les jours que sur le bord de la piscine, je porte ce qui me fait envie, ce qui me fait plaisir.

Parce que ce corps est le mien. Il m’a servi. Il a accompli de belles et grandes choses.

Parce que je ne devrais pas en avoir honte, même s’il n’est pas « instagrammable ».

Il a, lui aussi, le droit d’être en maillot de bain l’été.

Malgré tout ce chemin intérieur, un obstacle demeure : je m’empêche obstinément de me prendre en photo dans ces maillots.

C’est ironique, non?

Je prêche pour la liberté du maillot, pour ces corps ronds, mais je n’ose pas les prendre en photo ni les diffuser. Parce que j’ai peur du jugement. Parce qu’aujourd’hui, les gens ont parfois l’impression de pouvoir résumer toute la personnalité d’une personne en regardant une simple photo.

Alors, je me demande : pourquoi?

Pourquoi accorde-t-on autant d’importance au poids ou à la forme du corps d’une personne plutôt qu’à ce qu’elle a à l’intérieur?

Pourquoi ne félicite-t-on pas cette femme, un peu, beaucoup, passionnément rondelette, qui décide de porter un maillot dans lequel elle se sent bien, même s’il n’est pas à notre goût?

Pourquoi ressent-on toujours le besoin de juger?

Et ça me fait aussi réfléchir à moi. À mon regard sur moi-même, mais aussi à celui que je porte sur les autres.

J’apprends à moins juger. Je ne suis pas parfaite; ça m’arrive encore. Mais j’essaie de voir la beauté dans tout ce que je croise.

Parce que le monde est déjà suffisamment laid.

Et on a tous droit à des maillots colorés.

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À propos de l’image de cet article

L’image dans cet article est un montage fait avec Canva.

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