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S’aimer malgré la haine : réflexion sur le respect de soi en ligne 

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Comme en témoignent mes derniers textes, je constate une grande déshumanisation de l’être humain sur les réseaux sociaux, mais aussi dans la vie en général.

Dès qu’une personne présente des caractéristiques « hors normes » (style vestimentaire, taille, poids, etc.), une horde de zombies du clavier se donne une mission bien particulière :

rappeler, avec les mots les plus cruels qui soient, que cette personne est différente.

Blagues mesquines, comparaisons douteuses… tout y passe!

Ce qui me chagrine dans cette tempête d’insultes, c’est que ces individus oublient que de vraies personnes se trouvent derrière ces profils invectivés. Avec leurs défis, leurs peines, leur histoire.

C’est d’ailleurs ce qui m’empêche souvent de me dévoiler sur les réseaux sociaux, même sur mes profils personnels. Cette mesquinerie sauvage me chamboulerait, je le sais. Les gens, ne connaissant ni mon histoire ni mes blessures, pourraient me couvrir de commentaires assassins. Je n’ai pas envie de ça. Je n’en ai pas besoin.

Mais aujourd’hui, j’ai envie de partager avec vous un pan de cette histoire. Une histoire dans laquelle, je crois, certains se reconnaîtront.

Plus jeune, j’ai toujours été menue. Mince. Assez pour que mes os saillants attirent l’œil avant ma poitrine, pourtant bien développée malgré ma stature. Mon allure frêle et mon teint blanchâtre en ont inquiété plus d’un.

« Manges-tu? », m’a-t-on demandé un jour.

« Pas vraiment. », aurais-je pu répondre.

Parce qu’à une certaine époque, il est vrai que je ne mangeais pas assez. L’anxiété et le stress me rongeaient de l’intérieur; la faim disparaissait aussitôt.

Pire encore, j’arrivais à me trouver grosse. Je remarquais mille et un défauts qui n’existaient pas vraiment. Dès l’âge de dix ans, je scrutais mon corps : mon ventre que je trouvais trop gros, mes yeux que je trouvais trop foncés, ces taches de rousseur qui faisaient rire. En vieillissant, je me pesais régulièrement. Chez moi. Au travail de ma mère, lorsque j’allais la voir (oui, il y avait un pèse-personne dans les toilettes des femmes). Jour après jour, je me félicitais de mes joues creuses en balayant d’un revers de main ces étourdissements trop fréquents.

Et j’étais anxieuse. Trop anxieuse. Je vivais extrêmement mal cette pression. Ne sachant pas comment bien la gérer, j’occupais mon esprit avec de nouveaux projets. De nouvelles responsabilités. Plus, toujours plus.

En mangeant moins, toujours moins.

Le temps a passé. Sans surprise, je suis encore une personne extrêmement anxieuse. Les responsabilités se sont accumulées : le monde professionnel m’en a donné plusieurs, mon rôle de mère également.

C’est la vie. Et je ne regrette rien.

Mais sournoisement, mes mécanismes d’adaptation ont changé. Au lieu d’arrêter de manger, j’ai commencé à grignoter. Sans m’en rendre compte.

Après chaque grossesse, je perdais du poids, mais jamais assez pour retrouver ma taille d’avant. Au début, je me pesais religieusement. Résultat : un changement insuffisant me mettait dans tous mes états.

Et puis, un jour, j’ai décidé de lâcher prise. D’essayer de m’aimer malgré ces poignées d’amour et ce tablier ventral laissés par mes bébés macrosomes. L’exercice fut ardu; chaque jour, je tombais sur des commentaires mesquins destinés à des femmes dans lesquelles je me reconnaissais.

Mais…

J’ai arrêté de me cacher derrière ces vêtements fleuris et difformes que je n’aimais pas vraiment. J’ai retrouvé ce côté coquet que j’avais jadis.

Est-ce que je suis en surpoids?

Oui.

Est-ce que j’essaie de me remettre en forme?

Bien sûr.

Est-ce que je peux me trouver belle?

Évidemment.

Est-ce que j’ai le droit de m’aimer et d’exiger le respect?

Très certainement.

Ce n’est malheureusement pas ce que les gens des z’internets vous diraient. On m’accuserait de faire l’apologie de la grosseur et on me rappellerait, à chaque publication, que je ne devrais pas m’aimer ainsi.

C’est du moins ce que je lis sous les publications de plusieurs influenceuses taille plus que je suis.

Et c’est triste. Infiniment triste!

Comme si le respect d’autrui était devenu une denrée rare sur la toile. Comme si l’on préférait attiser la haine en soulignant les différences plutôt que de tendre la main.

Alors, malgré l’envie de vouloir me dévoiler davantage, de rendre mon compte plus « humain », je me retrouve prise de panique.

Devant l’humain, justement.

L’humain qui, dans sa tristesse, peut vouloir rendre l’autre malheureux à coups d’inepties.

Suis-je la seule à vivre ce profond malaise?

Retrouve-moi sur les réseaux sociaux !

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