Depuis quelques années, je constate un étrange phénomène dans l’espace numérique.
Alors que les réseaux sociaux ont été conçus, à l’origine, pour partager et échanger avec les autres, ils sont aujourd’hui infestés de jugements et d’insultes.
De vitrine à arène, la toile est devenue un terrain envahi d’araignées venimeuses, prêtes à tout pour dénigrer.
Dernièrement, je ressens un grand ras-le-bol. Peut-être ai-je été trop longtemps optimiste, mais la mesquinerie humaine me monte au nez.
Quand la critique dérape
Récemment, sans le vouloir, je suis tombée sur plusieurs publications qui illustrent bien mon propos. Comme si le jugement en ligne était devenu un sport collectif, où celui qui est le plus fourbe remporte la partie.
Prenons un exemple : une page de cuisine partage une recette. On peut l’aimer… ou pas. Mais les commentaires sous la publication sont d’une méchanceté sans nom. On se moque de l’accent de la personne qui cuisine, de sa prononciation, puis on critique la recette … parce que, voyons donc, qui voudrait manger des pâtes plusieurs jours de suite ? On lui lance aussi des remarques sur l’indice calorique.
Je veux dire… on peut critiquer de façon constructive. Mais quand l’insulte devient ton seul argument, peut-être vaut-il mieux se taire.
Autre exemple : une influenceuse taille plus, qui reçoit un nombre incalculable de messages haineux. On lui écrit qu’elle devrait « prendre ses distances avec la table », on la compare à un cochon. Et les auteurs de ces messages ? Ils signent à visage découvert, encore une fois.
Dès le premier commentaire désobligeant, on tombe rapidement dans la surenchère. On a l’impression de se retrouver dans une cour d’école secondaire où la majorité se transforme en intimidateurs.
Le marketing du mépris : la haine comme outil publicitaire
Et cette haine de l’autre, qui habite désormais nos réseaux sociaux, n’est plus qu’un simple secret de polichinelle. Elle est même utilisée, ouvertement, dans certaines publicités pour valoriser une option plutôt qu’une autre.
On parle littéralement d’un marketing du mépris.
J’ai même vu une publicité qui dressait la liste de looks considérés comme « inélégants » — voire « hideux » — pour mieux mettre en avant un autre style, celui de la marque qu’elle cherchait à promouvoir.
J’ai été immédiatement choquée par la condescendance et le manque de respect, non seulement dans la publicité elle-même, mais aussi dans les commentaires laissés par les utilisateurs.
Inutile de préciser qu’aucune modération ne semblait avoir lieu. Au contraire : les messages les plus polarisants, ceux qui déclenchaient des réactions rapides, semblaient mis en avant.
Des trolls d’hier aux haters d’aujourd’hui
Mais toute cette haine n’est pas née d’hier.
Rappelez-vous les forums des années 2000 : les pseudonymes rigolos et les avatars déjantés nous assuraient un certain anonymat. Et puis, il y avait les trolls ; ces internautes qui écrivaient des messages piquants pour faire réagir, avec le but à peine caché de rire derrière leur écran.
Le problème, c’est qu’aujourd’hui, l’avatar est bien souvent une photo récente de soi, et le pseudonyme ressemble… ou est carrément un nom complet.
Les gens n’ont même plus besoin de se cacher derrière un écran : ils s’exposent en insultant à tout-va.
En me promenant sur Instagram, j’ai vu passer une vidéo d’une violence extrême : une femme y insultait une adolescente sur ses choix vestimentaires. Elle mettait en doute son intelligence et son intégrité, évidemment avec des mots durs et humiliants.
Le plus troublant ? Cette femme le faisait à visage découvert, facilement reconnaissable.
Un troll version XXIᵉ siècle… ou l’exemple parfait de la déshumanisation par les réseaux.
Les mots qui blessent… parfois plus qu’un coup
On peut faire du mal avec les mots. Très mal, même. Souvent plus qu’avec un coup de poing.
Parce que les mots s’infiltrent dans le cœur et dans la tête. Ils tournent en boucle et finissent par prendre racine.
Une attaque directe, comme le sont les insultes :
« T’es débile. »
« Tu sais rien. »
Un complimarde, cette critique déguisée en compliment :
« T’es belle… pour une grosse. »
L’humour qui blesse. La moquerie :
« Groin-groin. Tu devrais vraiment t’éloigner de la table. »
Et voilà… juste un petit échantillon de ce qu’on peut lire.
Un échantillon presque doux comparativement à ce que l’on peut lire ici et là sur la toile.
Pourquoi juge-t-on vraiment ?
J’ai déjà tenté de répondre à cette question dans l’un de mes derniers textes :
Et voici la conclusion à laquelle j’étais arrivée :
« Selon le psychanalyste Norbert Chatillon, “critiquer autrui, c’est souvent lui attribuer les défauts ou les qualités que nous n’osons pas reconnaître en nous”. Autrement dit, quand on juge les autres, on se juge soi-même. Intéressant, non ?
Pire encore, il s’agit souvent d’une façon inconsciente de se donner une certaine valeur, en se positionnant comme étant meilleur·e que l’autre. Cela nous apaise et renforce artificiellement notre estime personnelle fragile.
Mais est-ce la bonne façon de faire ? Est-ce qu’on devient une meilleure personne en écrasant les autres ? »
Poser la question, c’est y répondre.
Les conséquences pour les individus… et pour la société
Malheureusement, les critiques mesquines, crachées comme du venin sur Internet, peuvent avoir de très lourdes conséquences.
La personne visée, mais aussi toutes celles qui s’identifient à elle, peuvent voir leur estime personnelle ébranlée.
Et la société elle-même change. Peu à peu, ces comportements glissent hors de l’écran pour s’installer dans la vie réelle. Les regards remplis de jugement sont désormais assumés. Les insultes sont acclamées. On rit de celui qui est écrasé.
La méchanceté devient un langage commun.
Et à mon sens, il faut que cela cesse.
Réapprendre à commenter avec respect
Je t’entends déjà penser : « Ouf… c’est drôlement triste comme texte pour Drôlement Colorée. »
Et tu as drôlement raison.
Mais vois-tu, depuis quelques semaines, ce sujet ne me quitte pas. Non pas que j’aie été la cible de commentaires désobligeants, mais ce que j’ai vu dernièrement sur Internet m’a laissé un goût amer.
Aujourd’hui, j’ai décidé de prendre la parole. Parce que je suis intimement convaincue que nous avons tous une responsabilité individuelle.
Réapprenons à commenter avec respect sur les réseaux. Cessons les insultes et les attaques personnelles. Valorisons les commentaires bienveillants et constructifs.
Et si un contenu ne nous plaît pas, souvenons-nous qu’il est toujours possible… de simplement passer notre chemin.
En conclusion, je suis estomaquée par cette normalisation de la haine assumée, qui prend de plus en plus de place dans l’espace numérique … et dans la société en général.
J’espère que, collectivement, nous réussirons à réfléchir à notre façon de commenter, de consommer et d’interagir avec les autres.
Parce que j’y crois encore : il existe des espaces bienveillants. Je l’espère, du moins.
Qu’en penses-tu?
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À propos de l’image de cet article
L’image en en-tête dans cet article a été générée par l’intelligence artificielle Dall-E.



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